Quand les caisses de retraites complémentaires «florissaient» dans le Sud-Est: médaille commémorative de la fondation de la CIRRSE

 L’épineuse question actuelle de l’avenir des retraites nous ramène à la période des « Trente Glorieuses», c’est-à-dire la période de forte croissance économique et d’augmentation du niveau de vie dans la majeure partie des pays développés dont la France.

En période de plein emploi, se pose néanmoins la question des retraites complémentaires: des caisses professionnelles se constituent dont en 1950 à Marseille la CIRRSE (Caisse interprofessionnelle de retraites par répartition du Sud-Est).

La Caisse fête en 1980 son 40eme anniversaire par la frappe de cette médaille due à un artiste moderne «expressionniste», spécialiste des sculptures de visages. Elle représente à l’avers le «rapprochement» entre générations avec ces deux visages, l’un d’âge mur, l’autre plus jeune pour évoquer l’entraide générationnelle que l’on retrouve au revers avec le logo de la solidarité par répartition. L’organisme la distribue en hommage à son personnel, peut-être aussi à certains adhérents.

Néanmoins, la destinée économique de la CIRRSE s’aggrave -comme dans d’autres caisses-et elle devient Premalliance: en 2001, le groupe Premalliance est fondé à Marseille, 485 avenue du Prado, c’est une association de gestion des retraites complémentaires. Ce n’est qu’une étape qui sera de courte durée.

Au 1er janvier 2003 naquit Irsea la nouvelle caisse de retraite Arrco. Elle est le résultat du regroupement par fusion des 4 caisses de retraite complémentaire Arrco-membres de Prémalliance (Cipra à Grenoble, Cirrse à Marseille, Igirca à Clermont-Ferrand et Irso à Toulouse), Irsea est alors l’interlocuteur des entreprises et de leurs salariés, actifs ou retraités. L’Irsea représentait 150 448 entreprises adhérentes, 676 337 salariés, 472 250 retraités, 892 M euros de cotisations. En 2013, s’opère, approuvée par l’Autorité de la Concurrence, la fusion de Prémalliance avec le Groupe Ag2r La Mondiale, ARCI devient ainsi l’Association des Retraités du groupe Ag2r La Mondiale.

Olivier Vernier

Médaille commémorative de la fondation de la CIRRSE, 1980, bronze argenté, Jean Rosset (1937-2021), collection privée.
Médaille commémorative de la fondation de la CIRRSE, 1980, bronze argenté, Jean Rosset (1937-2021), collection privée.

L’incitation contemporaine à l’épargne : bon de livret à un nouveau-né de la Caisse d’Épargne d’Avignon 

Quand nous l’avons évoqué pour le Var dans un précédent «billet», les années d’après-guerre poursuivent leur volonté de développer la natalité gravement impactée par le Conflit et ses conséquences ; aussi les conseils de direction des caisses d’épargne et de prévoyance décident d’apporter leur contribution par la dotation de livrets aux nouveaux nés, comme ici dans ce village gardois non loin d’Alès et de Nîmes. 

 Ils remettent comme dans ce document (peu fréquent dans les collections) un «bon de livret» doté de la somme symbolique de 500 frs qui est assez importante pour l’époque (environ 76 € actuels). Les parents doivent présenter le dit bon pour recevoir le livret de la caisse. Ce qui ne fut pas ici le cas pour des raisons bien sûr inconnues.

Olivier Vernier

Bon de livret à un nouveau-né de la Caisse d’Épargne d’Avignon, 1954, collection privée.

Le rêve illusoire d’un sort meilleur au soleil 

Paysagiste assez reconnu, le bourguignon Pierre Loriot, né le 19 janvier 1864 à Préporché (Nièvre), est issu d’un milieu modeste: son père est sabotier. L’artiste est actif au début du siècle, demeure à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise) : il expose au Grand Palais comme membre de la Société des Artistes français. Son incursion dans l’art social apparaît dans cette lithographie 50 x 34 cm. 

Une jeune femme de mise modeste – vraisemblablement, une Italienne joueuse de mandoline dans les rues parisiennes – rêve près de la Conciergerie devant une affiche du PLM vantant la destination de rêve niçoise avec une vue d’ensemble sur la Baie des Anges et au lointain le  célèbre casino de la Jetée Promenade. Mais elle ne peut emprunter le prix du voyage…

 On pourrait reprendre une célèbre chanson de Charles Aznavour (1968) : Emmenez-moi, avec sa strophe  

«II me semble que la misère 
Serait moins pénible au soleil
»…

Olivier Vernier

Pierre Loriot, Si la fourmi était prêteuse.., Lithographie, sépia, c. 1905-1907, Paris, Musée d’Orsay

Les origines du régime spécial de la SNCF: l’exemple des Chemins de fer de la Provence, XXe siècle 

Les importants mouvements sociaux des années 1986-1987 notamment sur le statut de la SNCF ont rappelé alors l’antériorité des métiers à risque que générait l’exploitation des chemins de fer (en particulier des personnels de conduite) au sein de nombreuses compagnies privées.

Notre région fut naturellement concernée avec la puissante Compagnie du PLM (Paris Lyon Méditerranée) créée le 19 juillet 1857.  Elle était de loin la plus importante des compagnies ferroviaires françaises par son trafic, le nombre de passagers transportés et la taille de son infrastructure. PLM dessert progressivement toutes les destinations touristiques de la Côte d’Azur, puis développe son réseau ferroviaire et touristique dans les Alpes, à l’origine même de ce qu’on appellera désormais de façon universelle le tourisme. Les personnels bénéficièrent d’un droit social protecteur avec la création ainsi de cités modernes d’habitation pour le personnel[1] alors qu’un habitat précaire voir indigne prévaut encore dans de nombreuses régions industrielles du pays.

 Toutefois des compagnies secondaires sont aussi constituées : ainsi l’ancien réseau de la Compagnie des chemins de fer du Sud de la France, devenu la propriété, de 1925 à 1933, de la «Société des chemins de fer de Provence». Cette ligne est aussi connue sous le nom de «train des Pignes».

A partir de 1929, de graves conflits sociaux éclatent dans l’ensemble du secteur ferroviaire. La nécessité de centraliser la gestion des infrastructures, du matériel et du personnel cheminot conduit à la nationalisation de l’ensemble des principales activités ferroviaires en France avec la nationalisation de la SNCF en 1938, hormis justement la ligne de Nice à Digne qui subsiste de nos jours et est exploitée depuis le 1er janvier 2014 par la Régie régionale des transports de Provence-Alpes-Côte d’Azur (RRT).

Aussi des sociétés de secours mutuels sont créées accordant une protection sociale et sanitaire précurseure aux agents et à leurs familles.  «Un réseau de médecins, de dentistes et pharmaciens est agréé pour dispenser des soins et fournir des médicaments aux agents tandis qu’une caisse de secours  prend en charge l’aide aux agents et à leurs familles en cas de maladie, infirmité ou décès. La convention de 1904 institue une caisse de retraite pour le version d’une pension aux agents après leur départ en retraite du réseau. En 1908, une mutuelle est constituée sous le nom de la Vigilante «pour secourir les veuves et les orphelins des ouvriers des chemins de fer et des tramways du Sud de la France». Dans l’entre deux-guerres une seconde mutuelle voit le jour patronnée par le syndicat sous le nom de Société de prévoyance des personnels des CF»[2]Vichy saura intégrer cette protection sociale et les textes de la Libération affilieront le personnel au nouveau régime de la Sécurité sociale. Quant au comité d’entreprise, il reçoit, comme dans l’ensemble de la France, des attributions sociales: gestion de résidences saisonnières : une maison cantonnière à Thorame-Haute (04) est aménagée; les arbres de Noël à Nice de l’entreprise; une association sportive (jeux de boules et équipe de football).

Mais également des manifestations de bienfaisance sont encore très tardivement organisées perpétuant la charité privée du siècle antérieur d’une bourgeoisie locale d’affaires philanthrope.

Olivier Vernier

Couverture du livre “Le siècle du train des pignes”, José Banaudo, Les éditions du Cabri

[1] Voir Robert Mencherini, Jean Doménichino, David Lamoureux, Cheminots en Provence : des voix de la mémoire aux voies de l’avenir, Partis, La Vie du rail, 2001, 247 p.

[2] José Banaudo, Histoire des Chemins de fer de Provence-1. Le siècle du train des pignes, Breil, Editions du Cabri, 1991, 320 p.; p .107.

Une conséquence en droit social de l’installation des rapatriés d’Afrique du Nord: carte temporaire de Sécurité sociale

Aux termes de la loi du 26 décembre 1961 relative à l’accueil et à la réinstallation des Français d’outre-mer, les rapatriés[1] sont les:

« Français ayant dû quitter ou estimé devoir quitter, par suite d’événements politiques, un territoire où ils étaient établis et qui était antérieurement placé sous la souveraineté, le protectorat ou la tutelle de la France. 

Trois conditions sont fixées pour avoir la qualité de rapatrié :

avoir été installé dans un territoire ayant accédé à l’indépendance;
avoir eu la nationalité française au moment de l’indépendance de ce territoire 
avoir quitté ce territoire par suite d’événements politiques directement liés à l’indépendance. » 

Pour les départements d’Algérie, environ 800 000 pieds-noirs –dont certains qui avaient émigré notamment d’Italie pour des raisons économiques – quittent l’Algérie – dans les conditions dramatiques que l’on sait- dont 512 000 entre les mois de mai et d’août 1962.

Pour leur permettre à ces populations à la destinée souvent précaire, de continuer à bénéficier d’une couverture sociale[2], le Secrétariat d’Etat aux Rapatriés et le Ministère du Travail leur délivrent via les préfectures une carte temporaire de Sécurité sociale pour permettre les remboursements des frais médicaux et pharmaceutiques.

La carte n’est valable qu’une année – le temps de reconstituer les dossiers-, une carte définitive est établie par la suite par l’organisme de Sécurité sociale dont relève le rapatrié «du chef de son activité».

Cette rapatriée originaire d’une île napolitaine, s’installera d’abord en Auvergne, puis rejoindra le Midi par la suite.

Olivier VERNIER


[1] Sur la question: Abderahmen Moumen, Entre histoire et mémoire. Les rapatriés d’Algérie; Dictionnaire bibliographique, Nice, Jacques Gandini, 2003, 129 p.

[2] Gilbert Mussini, La Sécurité sociale en Algérie, Alger, Ferraris, 1950, 211 p.

Une entraide et une fraternité professionnelle précurseures: la société mutualiste “La Fraternelle des Cuisiniers de Nice et des régions saisonnières”

Les métiers de la cuisine sont en Europe des métiers souvent ignorés, voir méprisés mais pénibles en raison des conditions de travail car ils sont soumis aux extrêmes chaleurs et aux chambres froides et confrontés à de nombreuses blessures et accidents en raison de «la pression des fourneaux»: chutes sur des sols glissants, coupures, brûlures dues aux projections de liquides aux yeux et au visage et sur les membres. 

Une partie des inventeurs et des exécutants de la cuisine dite «domestique» quitte châteaux et demeures bourgeoises dans la seconde partie du XIXsiècle pour s’établir à leur compte. C’est le siècle, par excellence, «du mangeur» selon l’analyse de Jean-Paul Aron[1].

Ces travailleurs de la cuisine professionnelle[2] qui se développent à partir du XIXe siècle à Paris et dans les capitales régionales, dans les palaces, les cuisiniers, des chefs de cuisine aux apprentis, prennent conscience de la nécessité d’une protection sociale. D’ailleurs, «l’inventeur de la cuisine moderne »: Auguste Escoffier (1846-1935)[3]œuvrera dans ce domaine d’action sociale.

Certains s’organisent et le font à compter du développement de la mutualité avec la Charte de la Mutualité de 1898. Par définition, les chefs – qui ne sont pas encore devenus, pour certains «étoilés» – grâce aux guides gastronomiques- comme le seront leurs héritiers et leurs héritières (dont les « mères lyonnaises ») du siècle suivant- sont souvent individualistes mais ils savent organiser une entraide et une prévoyance entre eux et vis-à-vis de leurs nombreux personnels qu’il faut fidéliser.

C’est le cas à Nice avec cette Fraternelle qui a l’originalité de réunir des cuisiniers exerçant localement, mais aussi, dans des régions saisonnières (Normandie: Deauville; Le Touquet. Vichy; les stations de cure vosgiennes: Vittel, Contrexéville; Biarritz…). Parfois, même, ils «font les saisons» en Grande-Bretagne, Suisse, Autriche ou Italie… C’est qu’en effet les chefs de cuisine partent avec leurs brigades entières «faire la saison» avant de revenir à Nice, Cannes, Menton… D’ailleurs, un unique document photographique servait alors de «certificat de travail» original : la photo de la brigade devant le palace avec un panneau précisant le lieu et la date[4].

Si des accidents surviennent lors de ces «saisons», la société de secours mutuels La Fraternelle, la première de France dans ce secteur d’activités puisque fondée en 1878, lorsque la ville devient une destination hivernale prisée, prend en charge les soins locaux (pharmaceutiques et médicaux, voir hospitaliers) et parfois le rapatriement. Elle incite aussi les travailleurs à se constituer des retraites complémentaires dans des milieux professionnels où les salaires restent (et resteront) encore souvent limités. Elle se charge aussi de servir de «bureau de placement».

Ce diplôme tardif (1954) récompense un cuisinier administrateur niçois méritant.

Olivier Vernier

Diplôme d’honneur de la société mutualiste La Fraternelle des Cuisiniers de Nice et des régions saisonnières, 1954, collection privée

[1] Jean-Paul Aron, Le Mangeur du XIXe siècle, Paris, Denoël, 1976, 310 p.

[2] Loïc Bienassis, La grande histoire de la gastronomie, Paris, Larousse, 2024, 255 p, 

[3] Le Musée Escoffier de l’Art Culinaire à Villeneuve-Loubet (06) consacre une exposition permanente à l’action humaniste du chef dans la mutualité, la prévoyance et la lutte contre le paupérisme.

[4] L’anecdote nous fut rapportée par un hôtelier grassois Émile Litschgy: La vie des palaces: hôtels de séjour d’autrefois, Spéracèdes, TAC motifs, 1997, 352 p.

Billet de santé, Arles (Bouches-du-Rhône) 1629

 Les pandémies récentes ont hélas rappelé leurs dramatiques conséquences pour les populations vulnérables. Pendant longtemps, la peste  aux  conclusions souvent funestes, a été légitimement redoutée. En 1629, une épidémie de peste se manifeste à Lyon, Saint-Etienne, Béziers, Montpellier, le Gévaudan Valréas et Arles. Elle se déclenche dans cette ville en juillet 1629 et fera 900 morts malgré les quarantaines et les mesures sanitaires prises par les autorités royales, processions démonstratives et bénédictions nombreuses dans ce Sud « très chrétien » tentent de protéger les cités et les campagnes. 

Néanmoins, la vie économique doit continuer. Les autorités municipales (consuls gouverneurs) d’Arles, cité de foires et marchés depuis le Moyen âge, en raison de la proximité du Rhône, délivrent ainsi ces billets de santé pour attester, après examen médical, de l’état non contagieux de ceux qui quittent la ville : « est party de cette ville d’Arles, en laquelle n’y a (par la grace de Dieu) aucun soupçon de peste ny mal contagieux ».

 Le billet (12,3 x 11,8 cm)  est orné du Lion des armoiries arlésiennes attesté depuis 1180. 

Olivier Vernier

Billet de santé, Arles (Bouches-du-Rhône) 1629, collection privée

Une des dernières processions publiques des pénitents de Marseille, 1931

Dans des chroniques et articles précédents ont été évoquées dans notre région méditerranéenne les confréries de pénitents, pieux laïques catholiques qui se vouent depuis le XVIe siècle à l’assistance et à l’entraide envers les plus démunis, incarnant ainsi la vertu théologale de la charité[1]. Ainsi les pénitents blancs du Saint-Esprit dans le quartier du Panier sont approuvés en 1558.

Au XIXe siècle alors qu’après leur suppression lors de l’ère révolutionnaire, les confréries marseillaises, désignées par la couleur de leur habit, sont en «sommeil» ou entrent dans la clandestinité[2], elles se reconstituent de manière complexe[3].

 Pour rentrer dans la confrérie des bourras, il fallait «être homme de bien et de bonne renommée, point cabaretier, tavernier, renieur, blasphémateur, paillard, concubinaire, contrevenant aux lois de Dieu et de l’Église» (Augustin Fabre dans Les Rues de Marseille). Une probité sûrement mise à l’épreuve par la pratique de… l’auto-flagellation!

Dans une ville où la laïcisation républicaine à partir de la Seconde République [4] et le socialisme municipal, à partir de la Troisième République[5] finissent par s’imposer[6], la place à l’action caritative des confréries de pénitents se réduit, d’autant qu’une philanthropie privée laïque se développe aussi[7].

Des regroupements s’opèrent: le 18 juillet 1892, la confrérie des Bourras (du Saint-Nom-de Jésus) surnommés ainsi en raison de l’habit en bure qu’ils portent,  fusionne avec la confrérie des pénitents noirs.  

Une des dernières processions publiques des confréries a lieu sur les pentes de Notre-Dame de la Garde lors des fêtes du couronnement de Notre-Dame de la Garde  entre les 18 et 21 juin 1931, cérémonie faste pour l’ensemble de la Provence et au delà. Les blancs portent ainsi la cagoule, symbole d’anonymat.

Olivier Vernier

Une des dernières processions publiques des pénitents de Marseille, 1931, Fernand Detaille, éd.

[1] Pour une synthèse, se reporter aux travaux éminents du membre de notre conseil scientifique : le professeur Régis Bertrand ; ainsi : Les compagnies de pénitents de Marseille : XVIe-XXe siècles, Marseille, La Thune, 1997, 158 p. Pour une première analyse des pénitents gris : Alexandre Julien, Chronique historique de l’archiconfrérie des pénitents disciplinés sous le titre du Saint Nom de Jésus (dits Bourras) de la ville de Marseille. Pour la consolation des criminels condamnés au dernier supplice et l’ensevelissement de leurs corps, le rachat des prisonniers pour dettes, …, Marseille, Vial, 1865, 417 p.

[2] R. Bertrand, « “Sommeil” ou “clandestinité” ? Les pénitents de Marseille entre Louis XVI et Louis XVIII », Provence historique, t. 39, fascicule 156, avril-juin 1989, pp. 185 à 195.

[3] Ainsi, Lucien Fontanier, Confrérie des pénitents noirs de la Décollation de Saint-Jean-Baptiste : Recherches historiques sur les Confréries de Pénitents de Marseille, Aix, Niel, 1923, 91 p.

[4] Analysé par Norbert Rouland, Le Conseil municipal marseillais et sa politique de la IIe à la IIIe République: 1848-1875, Aix-en-Provence, La Calade, 1974, 408 p.

[5] Cf. Patrizia Dogliani, Le socialisme municipal: en France et en Europe, de la Commune à la Grande guerre, Nancy, Arbre bleu, 2018, 352 p.

[6] On le voit : Dr Mazade, Département des Bouches-du-Rhône. Assistance publique. 1° assistance infantile ; 2° protection du premier âge ; 3° assistance médicale gratuite ; 4° pensions de retraite pour les vieillards indigents : 5° oeuvre des crèches, Marseille, Impr. Méridionale, 1898, 278 p.

[7] Emile Camau, Les Progrès de la solidarité. L’Assistance publique et privée dans les Bouches-du-Rhône (1801-1911), Marseille, Barlatier, 1922, 111 p.

Une incitation varoise tardive à l’épargne : Léon Sabatier (1891-1965) : Moissons au Beausset

Surnommé «  le Giono de la Peinture »[1], le Toulonnais  Léon Sabatier (1891),  né dans un milieu modeste, boursier de la ville de Toulon, part à Paris AUX Beaux-Arts où il est rebuté par l’académisme ambiant, pourtant, il exécute alors de nombreux paysages académiques méditerranéens (souvent sans présence humaine); à Montparnasse, il fréquente Derain, Modigliani, Kisling, Van Dongen… Après la Grande guerre, il rejoint Toulon de 1930 à 1945 et devient professeur aux Beaux-Arts. Après son engagement  dans la Guerre civile espagnole avec André Malraux, puis dans la Résistance, il retourne à Paris et aborde désormais une nouvelle voie artistique; en 1959, il s’installe à Tourrettes-sur-Loup  (Alpes-Maritimes) où il meurt en 1965.
«Peintre des résonnances secrètes des paysages et des âmes », « Peinture sombre, sourde avec de profonds bruns noirs, des gris doux..»

 La sensibilité sociale de l’artiste s’exprime souvent dans des portraits de personnes humbles et dans cette commande de la Caisse d’Epargne de Toulon: une scène traditionnelle de moissons, mais au premier plan la paysanne au fichu accomplit un geste symbolique : la remise d’un livret de la Caisse d’Epargne à l’enfant qui se tient près d’elle. C’est la période difficile de la reconstruction de l’économie et de la société qu’il faut évoquer.

Olivier Vernier

Léon Sabatier (1891-1965) : Moissons au Beausset, huile sur toile, c. 1946, Nice, Caisse d’Epargne.

[1] Léon Sabatier 18791-1965 « Le Giono de la Peinture », Société Historique de Tourrettes,  n°23, janvier 2020, 30 p.