Aux urnes, assurés sociaux…: carte d’électrice de la Sécurité sociale

Au printemps 1947[1] se déroulent les premières élections des administrateurs des caisses de sécurité sociale[2], pour remplacer ceux qui avaient été simplement désignés depuis la mise en place de la Sécurité sociale en octobre 1945. Le contexte politique de l’époque, lié à la Libération, est marqué par une influence très forte du Parti Communiste et de la CGT. La composition des Conseils, que ce soit à la caisse nationale ou dans les caisses locales, se traduit par une majorité d’administrateurs représentant les salariés, et donc par une minorité de représentants des employeurs.

Des questions se posent: la première question est l’opposition entre désignation d’une part, élection d’autre part. La deuxième question est l’opposition entre le paritarisme, c’est-à-dire entre une stricte égalité d’administrateurs représentant les salariés et ceux représentant les employeurs. La troisième question est l’opposition entre la démocratie sociale et la démocratie politique. Lorsque l’une et l’autre sont issues d’élections, laquelle est la plus légitime pour décider et gouverner la Sécurité sociale?

L’idée originelle en 1945 est que c’est aux assurés eux-mêmes de gérer leur Sécurité sociale. Mais une chose est de gérer, une autre est de décider les grandes règles de la Sécurité sociale. En termes de participation, ces premières élections sont un succès indéniable, puisque près de 75% des électeurs inscrits se rendent aux urnes. La CGT obtient 59,2% des suffrages, les listes CFTC 26,4%, les listes mutualistes 9,1% et les listes divers5,2 %. Malgré ce « triomphe » de la CGT, la CFTC, en s’alliant aux élus employeurs, met cette dernière en minorité dans la plupart des caisses. Pourtant, de 1945 à 1947, c’est la CGT seule qui assume la gestion de la Sécurité sociale.

Ce recours aux élections perdure jusqu’en 1967, année où elles sont supprimées et où le paritarisme est instauré dans les conseils d’administration des organismes de Sécurité sociale.

La qualité de cette octogénaire dignoise habitant dans la vieille ville est symbolique: «veuve de guerr ». Elle ne dispose de la qualité d’électrice de la Sécurité sociale depuis  moins de cinq ans et doit être fière de voter. Le bureau de vote est la Bourse du Travail de la cité.

Olivier Vernier

Carte d’électrice de la Sécurité sociale, Digne, c.1950, collection privée

[1] En application de la circulaire du 4 avril 1947, JO, 4/04/1947. Voir  Les Élections de la Sécurité sociale, Paris, Éditions sociales françaises, 1950, 8 p. ; Gérard Adam, Atlas des élections sociales en France, Paris, Colin, 1964, 239 p.

[2] Jean-François Chadelat, «Les premières élections de la Sécurité sociale», https://fresques.ina.fr/securite-sociale/fiche-media/Secuso00001/les-premieres-elections-de-la-securite-sociale.html

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