Épiscopat et charité catholique: épitaphe de Mgr Louis d’Aquin (1710), évêque de Fréjus

 Il est de tradition en Occident, depuis le haut Moyen Âge d’ensevelir les évêques qui, en droit canonique, sont les supérieurs de leur diocèse (ils règnent sur les hommes, les âmes et les biens), dans la cathédrale qui est l’église où ils officient durant leurs mandats[1]. A leur décès, ils sont en règle générale, inhumés dans un tombeau souvent sous le chœur. De sobres plaques mortuaires  en marbre font état de la durée de leur épiscopat et donnent en latin, langue de l’Église leurs titres. Certains prélats souhaitent parfois être inhumés dans des tombeaux de famille surtout pour ceux issus de la noblesse, mais en général, ils sont ensevelis dans la cathédrale du diocèse où ils célébrèrent en dernier les rites du culte. Mais souvent en signe de souvenir, leurs anciens sièges épiscopaux désirent selon les volontés du clergé et des fidèles, évoquer leur mémoire et en particulier leurs doctrine et actions de charité en ces temps où la notion d’assistance publique n’existait pas.

C’est le cas de l’évêque de Fréjus, Mgr Louis d’Aquin, (1667-1710). Issu d’une puissante famille parisienne, fils du premier médecin du roi, la reine est sa marraine et le Grand Condé son parrain; il étudie la philosophie et la théologie en Sorbonne; le 6 janvier 1697, il est nommé évêque de Fréjus et succède à son oncle Luc d’Aquin qui s’oppose à cette nomination, il prend néanmoins possession de son siège épiscopal le 12 avril 1697, mais il est transféré sur le siège de Sées, en Normandie en 1698.

A la différence de son oncle, il lègue une partie de ses biens au chapitre (collège des chanoines) de Fréjus «pour fonder deux services, l’un pour son oncle, l’autre pour distribuer aux pauvres de la ville de Fréjus, comme l’évêque le jugerait bon[2]».

La plaque de marbre dans la cathédrale placée sous la protection de la Vierge précise: 

«Ci-gît l’illustre providence des pauvres; passants, ne soient pas surpris que par cette mort ses frères n’aient recueilli aucun bien; puisque Louis a toujours été comme la mère des indigents; de celui qui fut comme une mère il convient que ce soit le pauvre et le malheureux qui héritent

Dans d’autres diocèses méridionaux, des statues pourront être édifiées au XIXe siècle pour célébrer la charité des évêques: Marseille, Mgr Belsunce (Marius Ramus, 1852,  parvis de la Major), Nice, Mgr Sola (G.Trabucco, 1885 cathédrale Sainte-Réparate)…

Olivier Vernier

Mgr Louis d’Aquin (1710), évêque de Fréjus, cathédrale de Sées (Orne)

[1] Cf. Jean-Charles Picard, Le Souvenir des évêques: sépultures, listes épiscopales et culte des évêques en Italie du Nord, des origines au Xe siècle, Rome, Ecole française de Rome, 1998, 891 p. Pour une étude méridionale: Claude Passet, Requiescant in pace: qu’ils reposent en paix: sépultures des seigneurs, princes, évêques et archevêques, clergé séculier et régulier, ordres religieux masculins et féminins, gens du peuple, gens de terre et gens de mer à Monaco, du XIIIe siècle à nos jours, Monaco, EGC, 2024, 57 p.

[2] Abbé Alain Boussard, Petite histoire des évêques de Fréjus, Fréjus, 2014, p.115.


La Cà de Tende, «maison humanitaire» de la Montagne niçoise

La réouverture partielle à la fin du mois de juin 2025 tant attendue par les populations locales et les touristes, du tunnel de Tende (ouvert en 1882), joignant la vallée de la Roya et sa capitale Tende[1] au bas Piémont, à la suite de 11 années de travaux nous rappelle les périls d’autrefois pour ceux qui traversaient, au péril de leur vie en toute saison la haute montagne des Alpes-Maritimes pour chercher du travail, commercer ou se réfugier.

Bien loin du refuge suisse du Grand Saint-Bernard qui, a donné lieu à une littérature abondante[2], avec ses chiens sauveteurs dans la neige et leurs tonnelets de cordial[3], le col de Tende de la route du sel niçois vers le Piémont à la route de l’Europe[4] , a très tôt connu un refuge devenu relais de poste. L’entraide est symbolisée par un bâtiment aujourd’hui en ruines : la Cà (la maison).

 «Bâtiment très suggestif, construit au bord d’un tracé de l’ancienne route du col de Tende, à 1430 m d’altitude. Déjà cité dans des documents du XIIIe siècle comme étant dédié à Sainte Trinité, il fait fonction d’église champêtre, d’hôpital pour les pauvres et infirmes et d’auberge pour les passeurs du col, sous l’égide de l’évêque de Vintimille. Appelé « cà de Cornia » (en lien avec l’ancien nom du col de Tende), puis tout simplement, «la Cà»), cet édifice est destiné à accueillir les voyageurs et les marchands qui s’aventurent à franchir le col et, ainsi que les vigiles gardant la route pour la protection des personnes et la lutte contre la contrebande …
«Aux XIIe-XIVe siècles, le patrimoine immobilier de l’hôpital de la Sainte Trinité est très étendu et comprend des terrains environnants, gérés en autonomie par la petite communauté gravitant autour de l’hôpital, soit des terrains situés à Vintimille, Sospel, Castellar (dans le haut pas mentonnais), cédés en location à long terme. Cependant, la situation financière de cette maison de secours n’est pas prospère : à plusieurs reprises, l’évêque de Vintimille exhorte le clergé et les fidèles de son diocèse à faire l’aumône au recteur… 
Objet de travaux successifs d’aménagement 
(pour accueillir plus de malheureux) du XIVe au XVIIIe siècle, l’édifice se structure autour d’une cour carrée centrale, avec un rez-de-chaussée voûté, un premier étage avec toiture en lauzes et des écuries situées à un niveau plus bas. »[5]

Il continue donc de servir de refuge et de relais de postes en particulier sous la Restauration sarde. Il perd sa vocation première à la suite du développement des établissements de santé et d’assistance dans la vallée[6] et à de l’ouverture du tunnel. Il devient au moment de la conception de la ligne « Maginot des Alpes » et de la militarisation de la frontière avec l’Italie, un bâtiment de stationnement (voir de soins) des troupes alpines. De nos jours, sa transformation en ruine semble inexorable…   

Olivier Vernier


[1] Voir Marc Ortolani, Tende : 1699-1792 : destin d’une autonomie communale : aspects juridiques de la vie communautaire dans le comté de Nice au XVIIIème siècle, Breil-sur-Roya, Cabri, 1994, 535 p.

[2] Chrétien Desloges, Essais historiques sur le Mont-Saint-Bernard par Chrétien Desloges, … ; texte intégral avec les notes inédites de Jérôme Darbellay ; publ. par René Berthod, Suisse, Edition du Bimillénaire du Grand-Saint-Bernard, 1989, 238 p.

[3] Jean-Pierre Voutaz et Pierre Rouyer, Découvrir le Grand-Saint-Bernard : l’hospice, la spiritualité, la montagne, l’histoire, le musée, les chiens…, Martigny, Ed ; du Grand-Saint-Bernard, 2013, 199p.

[4] Charles Botton et Michel Braun, Le col de Tende : de la route du sel à la route de l’Europe, Breil-sur-Roya, Cabri, 1991, 259 p.

[5] Silvia Sandrone (dir.), Sur la route. L’histoire millénaire des voies de communication de la Roya, Milan, Silvana Editoriale, 2023, p.27-28.

[6] Pour un exemple : Sospel : Serge Coccoz et Jean-Louis Gallo, « Les hôpitaux de Sospel au fil des siècles », Ou Cahegne, n°16, 2016, 20 p.


La littérature au service d’une critique vauclusienne des assurances sociales, lettre du docteur Laurent-Adolphe Moreau

On connaît bien depuis les travaux innovants de collègues historiens contemporanéistes dont le maître bordelais qui nous honora de son chaleureux soutien, le Pr. Pierre Guillaume (1933-2019)[1], l’opposition – mot bien faible- manifestée par le corps médical vis à vis de l’institution qui mit bien du temps à être adoptée en France, grâce notamment au ministre niçois le docteur Edouard Grinda[2] avec les lois de 1928 et 1930.  
En effet les assurances sociales existaient en Europe, notamment en Allemagne par la volonté du chancelier Bismarck et de l’empereur Guillaume II, depuis la fin du XIXe siècle.
Malgré les démarches du corps médical auprès des parlementaires dont parfois ils étaient encore collègues de bancs puisque c’était encore le temps de la «médecine entre savoirs et pouvoirs» comme le démontra en précurseur l’historien Jacques Léonard (1935-1988)[3].

Les employeurs, les salariés dont les syndicats révolutionnaires, le silencieux monde agricole encore majoritaire, les sociétés de secours mutuels[4], les cliniques privées y étaient hostiles pour des raisons variées et parfois contradictoires.
Le corps médical en majorité «viscéralement» attaché depuis la fin du XIXe siècle à la médecine libérale[5]avec le choix libre du praticien[6], la liberté de diagnostic et de traitements, le paiement à l’acte, s’opposa à l’adoption d’une législation qui allait finalement instaurer, en ces temps de grande austérité budgétaire d’après-guerre, des caisses nationales, professionnelles, confessionnelles et à défaut départementales, puisqu’il n‘y avait en France pas de caisses communales comme en Allemagne.
 
 Brillant chirurgien de la Marine, médaille d’or de la Faculté de Médecine de Bordeaux professeur aux Écoles de Médecine navale, docteur ès sciences (sur les plantes à tubercules des pays chauds), le marseillais Laurent-Adolphe Moreau, né en 1883 et décédé à Avignon en 1973, fait une carrière militaire lors des  conflits maritimes (Dardanelles, Salonique, 1915-1916 et sur les mers tropicales couronnée par l’attribution de Légion d’honneur (chevalier, 1917, officier, 1940). Il s’installe à Avignon où il fera une carrière libérale de chirurgien, spécialisé en radiothérapie. 
 
Comme souvent alors, ces médecins sont «d’honnêtes hommes» (et quelques honnêtes femmes) qui se consacrent à leur science mais cultivent le goût et l’intérêt pour d’autres domaines culturels comme l’histoire régionale ou les beaux-arts. Leur plume n’est pas que scientifique. Ainsi le Dr Moreau membre de l’Académie de Vaucluse, société savante par excellence, fondée en 1801, prononce des conférences sur les auteurs provençaux dont Théodore Aubanel, un des fondateurs du félibrige, mouvement culturel et linguistique de «renaissance provençale» incarné par Frédéric Mistral, prix Nobel de littérature et sur le célèbre auteur marseillais Edmond Rostand. Il évoque aussi le site lié à Pétrarque de la Fontaine de Vaucluse.

En 1930, membre de la Société des Gens de Lettres, il rédige sous forme d’une «fantaisie» (sic) intitulé « Et nous?», une « boutade qui a la prétention d’avoir droit à quelque sens ». Il met en scène en trois actes en vers[7] les nouveaux rapports tendus entre médecins et assurés sociaux sous contrôle «vigilant »de l’Administration, qu’il faut désormais intégrer… 

Olivier Vernier

Lettre du docteur Laurent-Adolphe Moreau, Avignon, 1930, collection privée
Lettre du docteur Laurent-Adolphe Moreau, Avignon, 1930, collection privée
Lettre du docteur Laurent-Adolphe Moreau, Avignon, 1930, collection privée


[1] Pierre Guillaume, Le rôle social du médecin depuis deux siècles, 1800-1945, Paris, Comité Histoire Sécurité Sociale, 1996, 319 p.
[2] Paul Gonnet, «  Edouard Grinda ‘1866-1958). Un exemple d’apport régional  à la création et au premier fonctionnement des Assurances Sociales. Jalons pour une recherche », Bulletin Comité Histoire Sécurité sociale, région PACA, n°1,  1995, p. 11-18.
[3] Jacques Léonard, La Médecine entre les savoirs et les pouvoirs: histoire intellectuelle et politique de la médecine française au XIX siècle, Paris, aubier, 1981, 384 p.
[4] Pierre Guillaume, Mutualistes et médecins: conflits et convergences, XIXe-XXe siècles, Paris, L’Atelier, 2000, 207 p.
[5] Audric Capella, L’encadrement des professions médicales en France : la création des ordres professionnels, XIXe – XXe siècles, Limoges, PUL, 2019, 527 p.
[6] Jean-Sébastien Fiorucci, L’émergence du droit pénal de travail  en France et dans les colonies de la Monarchie de juillet à la Troisième république (1841-1930), thèse droit, Nice, 2005.
[7] Avignon, Rulliere, 78 p.

Conférence «Le rôle de la société civile et des autorités militaires dans les crises sanitaires internationales»

close up photo of an information paper

Madame Roselyne BACHELOT-NARQUIN

Ancienne ministre, Présidente du Comité d’histoire des administrations chargées de la Santé (CHAS)

a le plaisir de vous convier à la troisième et dernière conférence du cycle La place de la France dans la santé mondiale: histoire, acteurs, enjeux :

« Le rôle de la société civile et des autorités militaires
dans les crises sanitaires internationales »

Cette conférence-débat s’ouvrira par une communication d’Auriane Guilbaud, maîtresse de conférences en science politique à l’Université Paris 8 (Institut d’études européennes) qui portera un regard socio-historique sur l’émergence et la structuration de l’articulation entre médecine militaire et action humanitaire civile dans la santé mondiale.

Elle sera suivie d’interventions de représentants des ONG (MSF), du service de santé des armées et des organisations internationales (OMS).

Jeudi 4 juin 2026
De 18h à 20h (accueil à partir de 17h45)

Au Val-de-Grâce
1 place Alphonse Laveran, Paris 5e

Entrée gratuite sur inscription en cliquant ici

Hommage au Professeur Olivier Vernier

Jeudi 9 avril 2026, à l’Université Côte d’Azur, un hommage était rendu à notre Vice-Président, le Professeur Olivier Vernier, sous forme de la parution de “Etudes d’Histoire du droit social”.

Ce volume d’hommages rassemble les contributions d’une quarantaine de chercheurs, français et étrangers, qui ont croisé la route du Professeur Olivier Vernier sur les chemins de la recherche. Au cours d’une longue et riche carrière, où les travaux individuels ont progressivement cédé la place à d’importantes recherches collectives, Olivier Vernier a multiplié les rencontres intellectuelles, jusqu’à constituer autour de lui un vaste réseau de chercheurs et d’amis. Ils sont ici réunis aux côtés de ses collègues et des élèves qu’il a formés à l’Université Côte d’Azur.

L’ouvrage est disponible sur Amazon, cliquez sur l’image…

Sous le titre “Études d’histoire du droit social”, l’ouvrage propose un ensemble d’articles originaux consacrés aux principales thématiques de ce champ de recherche. Sont ainsi abordées des questions liées à l’assistance, à la bienfaisance, à la charité et à la philanthropie, mais également à l’étude des institutions sociales et religieuses telles que les oeuvres sociales et pies, les hôpitaux et hospices, ou encore les dispositifs d’aide et de prise en charge des populations les plus démunies (pauvres, blessés, accidentés, veuves, orphelins ou enfants abandonnés). À ces thématiques viennent s’ajouter des réflexions sur l’évolution du droit du travail, de la condition ouvrière, du paternalisme industriel, de la sécurité sociale et du droit de la santé. Ces contributions illustrent la richesse et la diversité des questionnements soulevés par l’histoire du droit social. Elles sont autant de témoignages et d’hommages de reconnaissance adressés à Olivier Vernier pour avoir, au sein de l’histoire du droit et des institutions, contribué à tracer les contours et donner vie à cette discipline.

Étaient présents, notamment, le Professeur Marc Ortolani, qui a piloté la réalisation de cet ouvrage, et Monsieur Mourad Belaïd, président de notre Comité d’Histoire.

Olivier Vernier, avec à sa droite Mourad Belaïd et à sa gauche le Professeur Marc Ortolani

Comité médical des Bouches-du-Rhône. Règlement d’honoraires des médecins (avec dispense pour les familles pauvres ou peu fortunées) [1]

A l’époque du triomphe de la République qui sait «contenir» ses opposants d’extrême droite (royalistes) ou d’extrême gauche (anarchistes), les professions libérales s’affirment et parmi elles, le corps médical, cette «médecine entre savoirs et pouvoirs» selon l’historien Jacques Léonard. Ces praticiens s’insèrent dans la vie politique, se présentant aux élections municipales (Marseille, Draguignan, Le Cannet…), cantonales et nationales[2] ; certains opposants considèrent même qu’ils échangent leurs ordonnances contre des bulletins de vote…

Dans une grande cité qui se développe économiquement comme Marseille, la question des honoraires se pose. Le Comité médical des Bouches-du-Rhône se constitue, sous la présidence du docteur Adrien Sicard, un grand notable érudit, œuvrant dans la Société de statistiques de Marseille, en parallèle d’un syndicalisme médical dont les précurseurs sont installés dans d’autres régions à compter de 1881 dans de petites communes (Montaigu, Vendée, Médoc, Brioude, Aubusson [3]; dans le Sud-Est (Saint-Laurent-du-Var, Alpes-Maritimes). D’aucuns fonderont des syndicats médicaux à compter de la loi du 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels. 

En cette fin de siècle, pour le département, en particulier dans le chef-lieu phocéen, un règlement d’honoraires exigibles répond à un «double but:
1° assurer aux médecins d’une grande ville une rémunération plus en rapport avec les exigences de la vie sociale 
2° fournir ensuite une base d’appréciation pour ainsi dire légale, à la Commission arbitrale ou à la justice.» 

 C’est qu’en effet dans les catégories de la bourgeoisie supérieure du Prado ou d’autres quartiers aisés (Rue de La République), les «créances pour soins» ne sont pas toujours honorées alors que les praticiens les présentent encore en fin d’année avec l’envoi de leurs vœux… Un contentieux peut s’élever devant les tribunaux. Une tarification est adoptée selon la technicité de l’acte depuis le pansement, l’accouchement jusqu’à l’embaumement, selon les horaires de visites (diurnes, nocturnes, en cabinet, à domicile).

Mais ces praticiens ont prêté le serment d’Hippocrate, «Ce règlement ne saurait évidemment être invoqué auprès des familles pauvres ou peu fortunées; celles-ci trouveront toujours, chez leur médecin, des dispositions conciliantes, ils savent que leur serment prévaudra..

On remarquera que ce sont les familles qui sont prises en considération non les personnes isolées, pourtant bien nombreuses avec les émigrations de travail[4] dans la cité…

Olivier Vernier

Comité médical des Bouches-du-Rhône. Règlement d’honoraires des médecins (avec dispense pour les familles pauvres ou peu fortunées), Marseille, 1889, collection privée.

[1] Marseille, Barlatier et Barthélémy, 1889, 11 p.

[2] Voir Isabelle Cavé, Les médecins-législateurs et le mouvement hygiéniste sous la Troisième République, 1870-1914, Paris, L’Harmatan, 2014, 300 p.

[3]  Dr. Pierre-Paul Cibrié, Syndicalisme médical, Paris, 1954, Confédération syndicats médicaux français, p 5-8.

[4] Voir notre dernier numéro 33,  202« Les Italiens en France : immigrations et protections sociales (XIXe -XXe siècles) »


A l’occasion de la construction de la “Digue Berry” au Frioul

L’altruisme et l’entraide sont (normalement) anciens dans les sociétés occidentales rurales lorsqu’un événement dramatique survient, la communauté doit être solidaire. A partir du règne de Louis XVI, des hommages publics (terme désormais consacré) sont décernés par le pouvoir lors de catastrophes naturelles (incendies, glissements de terrains, noyades..) sous la forme de médailles souvent en argent. La Révolution française ni la période napoléonienne ne semblent avoir systématisé la question. En revanche, c’est à partir de la Restauration à compter du règne de Louis XVII (1814-1824) et de Charles X (1824-1830) que le pouvoir politique, en l’occurrence le ministre du Commerce et le ministre de l’Intérieur distribuent, sur rapport des préfets, des médailles de sauvetage et des actes de dévouement: à l’avers, le portrait du souverain, en l’occurrence Charles X, et au revers la commémoration de «l’acte de dévouement». Les régimes suivants en particulier à compter de la Troisième République feront de cette médaille un « instrument de reconnaissance » et élaboreront la figure du sauveteur[1]. Des sociétés de sauveteurs médaillés du gouvernement sont même constituées[2].

 En 1822, une digue « Berry » (du nom du fils cadet du souverain, assassiné en 1820) est construite pour relier au large de Marseille les îles de Pomègues et Ratonneau sur 2,5 km et 5 km de large. Elle transforme un ancien mouillage utilisé depuis l’Antiquité en véritable port sécurisé, le port du Frioul du centre de l’archipel. Le médaillé a ainsi porté secours aux ouvriers «prêts de périr» lors de l’effondrement du chantier à l’automne 1824.

Olivier Vernier

Revers d’une médaille de sauvetage, Bouches-du-Rhône, 1824, argent, collection privée.

[1] Voir Frédéric Caille, La figure du sauveteur: naissance du citoyen secoureur en France, 1780-1914, Rennes, PUR, 2006, 315 p.

[2] Léon Jaybert, Recherches historiques sur les actes de sauvetage, leur origine, état actuel de la Société des sauveteurs médaillés, Paris, Poupart-Davyl, 1862.

Quand les caisses de retraites complémentaires «florissaient» dans le Sud-Est: médaille commémorative de la fondation de la CIRRSE

 L’épineuse question actuelle de l’avenir des retraites nous ramène à la période des « Trente Glorieuses», c’est-à-dire la période de forte croissance économique et d’augmentation du niveau de vie dans la majeure partie des pays développés dont la France.

En période de plein emploi, se pose néanmoins la question des retraites complémentaires: des caisses professionnelles se constituent dont en 1950 à Marseille la CIRRSE (Caisse interprofessionnelle de retraites par répartition du Sud-Est).

La Caisse fête en 1980 son 40eme anniversaire par la frappe de cette médaille due à un artiste moderne «expressionniste», spécialiste des sculptures de visages. Elle représente à l’avers le «rapprochement» entre générations avec ces deux visages, l’un d’âge mur, l’autre plus jeune pour évoquer l’entraide générationnelle que l’on retrouve au revers avec le logo de la solidarité par répartition. L’organisme la distribue en hommage à son personnel, peut-être aussi à certains adhérents.

Néanmoins, la destinée économique de la CIRRSE s’aggrave -comme dans d’autres caisses-et elle devient Premalliance: en 2001, le groupe Premalliance est fondé à Marseille, 485 avenue du Prado, c’est une association de gestion des retraites complémentaires. Ce n’est qu’une étape qui sera de courte durée.

Au 1er janvier 2003 naquit Irsea la nouvelle caisse de retraite Arrco. Elle est le résultat du regroupement par fusion des 4 caisses de retraite complémentaire Arrco-membres de Prémalliance (Cipra à Grenoble, Cirrse à Marseille, Igirca à Clermont-Ferrand et Irso à Toulouse), Irsea est alors l’interlocuteur des entreprises et de leurs salariés, actifs ou retraités. L’Irsea représentait 150 448 entreprises adhérentes, 676 337 salariés, 472 250 retraités, 892 M euros de cotisations. En 2013, s’opère, approuvée par l’Autorité de la Concurrence, la fusion de Prémalliance avec le Groupe Ag2r La Mondiale, ARCI devient ainsi l’Association des Retraités du groupe Ag2r La Mondiale.

Olivier Vernier

Médaille commémorative de la fondation de la CIRRSE, 1980, bronze argenté, Jean Rosset (1937-2021), collection privée.
Médaille commémorative de la fondation de la CIRRSE, 1980, bronze argenté, Jean Rosset (1937-2021), collection privée.

L’incitation contemporaine à l’épargne : bon de livret à un nouveau-né de la Caisse d’Épargne d’Avignon 

Quand nous l’avons évoqué pour le Var dans un précédent «billet», les années d’après-guerre poursuivent leur volonté de développer la natalité gravement impactée par le Conflit et ses conséquences ; aussi les conseils de direction des caisses d’épargne et de prévoyance décident d’apporter leur contribution par la dotation de livrets aux nouveaux nés, comme ici dans ce village gardois non loin d’Alès et de Nîmes. 

 Ils remettent comme dans ce document (peu fréquent dans les collections) un «bon de livret» doté de la somme symbolique de 500 frs qui est assez importante pour l’époque (environ 76 € actuels). Les parents doivent présenter le dit bon pour recevoir le livret de la caisse. Ce qui ne fut pas ici le cas pour des raisons bien sûr inconnues.

Olivier Vernier

Bon de livret à un nouveau-né de la Caisse d’Épargne d’Avignon, 1954, collection privée.

Le rêve illusoire d’un sort meilleur au soleil 

Paysagiste assez reconnu, le bourguignon Pierre Loriot, né le 19 janvier 1864 à Préporché (Nièvre), est issu d’un milieu modeste: son père est sabotier. L’artiste est actif au début du siècle, demeure à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise) : il expose au Grand Palais comme membre de la Société des Artistes français. Son incursion dans l’art social apparaît dans cette lithographie 50 x 34 cm. 

Une jeune femme de mise modeste – vraisemblablement, une Italienne joueuse de mandoline dans les rues parisiennes – rêve près de la Conciergerie devant une affiche du PLM vantant la destination de rêve niçoise avec une vue d’ensemble sur la Baie des Anges et au lointain le  célèbre casino de la Jetée Promenade. Mais elle ne peut emprunter le prix du voyage…

 On pourrait reprendre une célèbre chanson de Charles Aznavour (1968) : Emmenez-moi, avec sa strophe  

«II me semble que la misère 
Serait moins pénible au soleil
»…

Olivier Vernier

Pierre Loriot, Si la fourmi était prêteuse.., Lithographie, sépia, c. 1905-1907, Paris, Musée d’Orsay