A l’occasion de la construction de la “Digue Berry” au Frioul

L’altruisme et l’entraide sont (normalement) anciens dans les sociétés occidentales rurales lorsqu’un événement dramatique survient, la communauté doit être solidaire. A partir du règne de Louis XVI, des hommages publics (terme désormais consacré) sont décernés par le pouvoir lors de catastrophes naturelles (incendies, glissements de terrains, noyades..) sous la forme de médailles souvent en argent. La Révolution française ni la période napoléonienne ne semblent avoir systématisé la question. En revanche, c’est à partir de la Restauration à compter du règne de Louis XVII (1814-1824) et de Charles X (1824-1830) que le pouvoir politique, en l’occurrence le ministre du Commerce et le ministre de l’Intérieur distribuent, sur rapport des préfets, des médailles de sauvetage et des actes de dévouement: à l’avers, le portrait du souverain, en l’occurrence Charles X, et au revers la commémoration de «l’acte de dévouement». Les régimes suivants en particulier à compter de la Troisième République feront de cette médaille un « instrument de reconnaissance » et élaboreront la figure du sauveteur[1]. Des sociétés de sauveteurs médaillés du gouvernement sont même constituées[2].

 En 1822, une digue « Berry » (du nom du fils cadet du souverain, assassiné en 1820) est construite pour relier au large de Marseille les îles de Pomègues et Ratonneau sur 2,5 km et 5 km de large. Elle transforme un ancien mouillage utilisé depuis l’Antiquité en véritable port sécurisé, le port du Frioul du centre de l’archipel. Le médaillé a ainsi porté secours aux ouvriers «prêts de périr» lors de l’effondrement du chantier à l’automne 1824.

Olivier Vernier

Revers d’une médaille de sauvetage, Bouches-du-Rhône, 1824, argent, collection privée.

[1] Voir Frédéric Caille, La figure du sauveteur: naissance du citoyen secoureur en France, 1780-1914, Rennes, PUR, 2006, 315 p.

[2] Léon Jaybert, Recherches historiques sur les actes de sauvetage, leur origine, état actuel de la Société des sauveteurs médaillés, Paris, Poupart-Davyl, 1862.

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