Comité médical des Bouches-du-Rhône. Règlement d’honoraires des médecins (avec dispense pour les familles pauvres ou peu fortunées) [1]

A l’époque du triomphe de la République qui sait «contenir» ses opposants d’extrême droite (royalistes) ou d’extrême gauche (anarchistes), les professions libérales s’affirment et parmi elles, le corps médical, cette «médecine entre savoirs et pouvoirs» selon l’historien Jacques Léonard. Ces praticiens s’insèrent dans la vie politique, se présentant aux élections municipales (Marseille, Draguignan, Le Cannet…), cantonales et nationales[2] ; certains opposants considèrent même qu’ils échangent leurs ordonnances contre des bulletins de vote…

Dans une grande cité qui se développe économiquement comme Marseille, la question des honoraires se pose. Le Comité médical des Bouches-du-Rhône se constitue, sous la présidence du docteur Adrien Sicard, un grand notable érudit, œuvrant dans la Société de statistiques de Marseille, en parallèle d’un syndicalisme médical dont les précurseurs sont installés dans d’autres régions à compter de 1881 dans de petites communes (Montaigu, Vendée, Médoc, Brioude, Aubusson [3]; dans le Sud-Est (Saint-Laurent-du-Var, Alpes-Maritimes). D’aucuns fonderont des syndicats médicaux à compter de la loi du 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels. 

En cette fin de siècle, pour le département, en particulier dans le chef-lieu phocéen, un règlement d’honoraires exigibles répond à un «double but:
1° assurer aux médecins d’une grande ville une rémunération plus en rapport avec les exigences de la vie sociale 
2° fournir ensuite une base d’appréciation pour ainsi dire légale, à la Commission arbitrale ou à la justice.» 

 C’est qu’en effet dans les catégories de la bourgeoisie supérieure du Prado ou d’autres quartiers aisés (Rue de La République), les «créances pour soins» ne sont pas toujours honorées alors que les praticiens les présentent encore en fin d’année avec l’envoi de leurs vœux… Un contentieux peut s’élever devant les tribunaux. Une tarification est adoptée selon la technicité de l’acte depuis le pansement, l’accouchement jusqu’à l’embaumement, selon les horaires de visites (diurnes, nocturnes, en cabinet, à domicile).

Mais ces praticiens ont prêté le serment d’Hippocrate, «Ce règlement ne saurait évidemment être invoqué auprès des familles pauvres ou peu fortunées; celles-ci trouveront toujours, chez leur médecin, des dispositions conciliantes, ils savent que leur serment prévaudra..

On remarquera que ce sont les familles qui sont prises en considération non les personnes isolées, pourtant bien nombreuses avec les émigrations de travail[4] dans la cité…

Olivier Vernier

Comité médical des Bouches-du-Rhône. Règlement d’honoraires des médecins (avec dispense pour les familles pauvres ou peu fortunées), Marseille, 1889, collection privée.

[1] Marseille, Barlatier et Barthélémy, 1889, 11 p.

[2] Voir Isabelle Cavé, Les médecins-législateurs et le mouvement hygiéniste sous la Troisième République, 1870-1914, Paris, L’Harmatan, 2014, 300 p.

[3]  Dr. Pierre-Paul Cibrié, Syndicalisme médical, Paris, 1954, Confédération syndicats médicaux français, p 5-8.

[4] Voir notre dernier numéro 33,  202« Les Italiens en France : immigrations et protections sociales (XIXe -XXe siècles) »


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