Né à Paris sous la Seconde république et développé sous la Troisième République, le mouvement coopératif est assez limité dans notre région méridionale[1]. Cette forme originale de l’économie sociale[2] d’organisation des activités humaines se distingue des sociétés classiques par une détention majoritaire du capital et du pouvoir de décision par les coopérateurs et par des règles de fonctionnement basées sur les principes coopératifs. Elle se développe dans un monde rural a priori méfiant vis à vis de tout regroupement. Néanmoins, pour des raisons impérieuses de survie économique après de nombreuses crises, les acteurs professionnels et les pouvoirs publics s’emparent définitivement de cet instrument crucial de modernisation du secteur primaire. En 1900, le pays compte près de 250 coopératives de production. En 1910, elles seront 500, représentant 20 000 sociétaires.
Notre région n’y fait pas exception. Les Alpes-Maritimes[3] rattachées à la France en 1860, n’ont pourtant pas une tradition de coopérations comme dans d’autres départements du Sud-Est (Bouches-du-Rhône et surtout Var avec les coopératives vinicoles).
C’est plutôt dans l’Est du territoire dans le pays mentonnais que l’on constate des prémices à la fin du XIXe siècle[4]. Dans l’entre deux-guerres, le mouvement coopératif de production devient indispensable dans les territoires ruraux qu’il faut repeupler ou développer. A Sospel, chef-lieu d’un important canton rural[5], est créée à la fin de l’année 1927 une coopérative agricole: La Société coopérative de la Bevera. Elle est subventionnée par l’État et le Département et émet un emprunt obligataire de 25 000 frs divisé en obligations de 20 frs auprès de ses sociétaires. Ainsi la coopérative peut négocier les prix de vente et permet ainsi en particulier aux oléiculteurs sociétaires –souvent encore précaires dans cette après-guerre- (les budgets des bureaux de bienfaisance l’attestent) de vendre «aux meilleures conditions» leur production pour la consommation locale mais aussi pour les établissements de restauration et les magasins de détail pour les nombreux hôtes de Menton et du littoral.
Olivier Vernier

[1] Laurent Lasne, L’histoire des coopératives de production: Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse : démocratie d’entreprise, une ambition historique, Marseille, Union régionale des SCOP de PACA et Corse, 2004, 195 p.
[2] Michel Dreyfus, Histoire de l’économie sociale: de la Grande Guerre à nos jours, Rennes, PUR, 2017, 263 p.
[3] Ainsi, aucune étude académique n’a été entreprise au sein de l’Université de Nice.
[4] Alex Benvenuto, Charles Rayneri, un banquier dans son siècle: essai d’histoire du mutualisme et de la coopération sur la Côte d’Azur: un autre éclairage de la Belle époque à travers l’aventure exceptionnelle d’un homme et de son entreprise, Nice, Serre-Crédit Agricole des Alpes-Maritimes, 1994, 57 p.
[5] Elisabeth Pérus (et al), Souvenirs de la Bevera, Breil-sur-Roya, Cabri, 1987, 93 p.

