Il est de tradition en Occident, depuis le haut Moyen Âge d’ensevelir les évêques qui, en droit canonique, sont les supérieurs de leur diocèse (ils règnent sur les hommes, les âmes et les biens), dans la cathédrale qui est l’église où ils officient durant leurs mandats[1]. A leur décès, ils sont en règle générale, inhumés dans un tombeau souvent sous le chœur. De sobres plaques mortuaires en marbre font état de la durée de leur épiscopat et donnent en latin, langue de l’Église leurs titres. Certains prélats souhaitent parfois être inhumés dans des tombeaux de famille surtout pour ceux issus de la noblesse, mais en général, ils sont ensevelis dans la cathédrale du diocèse où ils célébrèrent en dernier les rites du culte. Mais souvent en signe de souvenir, leurs anciens sièges épiscopaux désirent selon les volontés du clergé et des fidèles, évoquer leur mémoire et en particulier leurs doctrine et actions de charité en ces temps où la notion d’assistance publique n’existait pas.
C’est le cas de l’évêque de Fréjus, Mgr Louis d’Aquin, (1667-1710). Issu d’une puissante famille parisienne, fils du premier médecin du roi, la reine est sa marraine et le Grand Condé son parrain; il étudie la philosophie et la théologie en Sorbonne; le 6 janvier 1697, il est nommé évêque de Fréjus et succède à son oncle Luc d’Aquin qui s’oppose à cette nomination, il prend néanmoins possession de son siège épiscopal le 12 avril 1697, mais il est transféré sur le siège de Sées, en Normandie en 1698.
A la différence de son oncle, il lègue une partie de ses biens au chapitre (collège des chanoines) de Fréjus «pour fonder deux services, l’un pour son oncle, l’autre pour distribuer aux pauvres de la ville de Fréjus, comme l’évêque le jugerait bon[2]».
La plaque de marbre dans la cathédrale placée sous la protection de la Vierge précise:
«Ci-gît l’illustre providence des pauvres; passants, ne soient pas surpris que par cette mort ses frères n’aient recueilli aucun bien; puisque Louis a toujours été comme la mère des indigents; de celui qui fut comme une mère il convient que ce soit le pauvre et le malheureux qui héritent.»
Dans d’autres diocèses méridionaux, des statues pourront être édifiées au XIXe siècle pour célébrer la charité des évêques: Marseille, Mgr Belsunce (Marius Ramus, 1852, parvis de la Major), Nice, Mgr Sola (G.Trabucco, 1885 cathédrale Sainte-Réparate)…
Olivier Vernier

[1] Cf. Jean-Charles Picard, Le Souvenir des évêques: sépultures, listes épiscopales et culte des évêques en Italie du Nord, des origines au Xe siècle, Rome, Ecole française de Rome, 1998, 891 p. Pour une étude méridionale: Claude Passet, Requiescant in pace: qu’ils reposent en paix: sépultures des seigneurs, princes, évêques et archevêques, clergé séculier et régulier, ordres religieux masculins et féminins, gens du peuple, gens de terre et gens de mer à Monaco, du XIIIe siècle à nos jours, Monaco, EGC, 2024, 57 p.
[2] Abbé Alain Boussard, Petite histoire des évêques de Fréjus, Fréjus, 2014, p.115.

