La Cà de Tende, «maison humanitaire» de la Montagne niçoise

La réouverture partielle à la fin du mois de juin 2025 tant attendue par les populations locales et les touristes, du tunnel de Tende (ouvert en 1882), joignant la vallée de la Roya et sa capitale Tende[1] au bas Piémont, à la suite de 11 années de travaux nous rappelle les périls d’autrefois pour ceux qui traversaient, au péril de leur vie en toute saison la haute montagne des Alpes-Maritimes pour chercher du travail, commercer ou se réfugier.

Bien loin du refuge suisse du Grand Saint-Bernard qui, a donné lieu à une littérature abondante[2], avec ses chiens sauveteurs dans la neige et leurs tonnelets de cordial[3], le col de Tende de la route du sel niçois vers le Piémont à la route de l’Europe[4] , a très tôt connu un refuge devenu relais de poste. L’entraide est symbolisée par un bâtiment aujourd’hui en ruines : la Cà (la maison).

 «Bâtiment très suggestif, construit au bord d’un tracé de l’ancienne route du col de Tende, à 1430 m d’altitude. Déjà cité dans des documents du XIIIe siècle comme étant dédié à Sainte Trinité, il fait fonction d’église champêtre, d’hôpital pour les pauvres et infirmes et d’auberge pour les passeurs du col, sous l’égide de l’évêque de Vintimille. Appelé « cà de Cornia » (en lien avec l’ancien nom du col de Tende), puis tout simplement, «la Cà»), cet édifice est destiné à accueillir les voyageurs et les marchands qui s’aventurent à franchir le col et, ainsi que les vigiles gardant la route pour la protection des personnes et la lutte contre la contrebande …
«Aux XIIe-XIVe siècles, le patrimoine immobilier de l’hôpital de la Sainte Trinité est très étendu et comprend des terrains environnants, gérés en autonomie par la petite communauté gravitant autour de l’hôpital, soit des terrains situés à Vintimille, Sospel, Castellar (dans le haut pas mentonnais), cédés en location à long terme. Cependant, la situation financière de cette maison de secours n’est pas prospère : à plusieurs reprises, l’évêque de Vintimille exhorte le clergé et les fidèles de son diocèse à faire l’aumône au recteur… 
Objet de travaux successifs d’aménagement 
(pour accueillir plus de malheureux) du XIVe au XVIIIe siècle, l’édifice se structure autour d’une cour carrée centrale, avec un rez-de-chaussée voûté, un premier étage avec toiture en lauzes et des écuries situées à un niveau plus bas. »[5]

Il continue donc de servir de refuge et de relais de postes en particulier sous la Restauration sarde. Il perd sa vocation première à la suite du développement des établissements de santé et d’assistance dans la vallée[6] et à de l’ouverture du tunnel. Il devient au moment de la conception de la ligne « Maginot des Alpes » et de la militarisation de la frontière avec l’Italie, un bâtiment de stationnement (voir de soins) des troupes alpines. De nos jours, sa transformation en ruine semble inexorable…   

Olivier Vernier


[1] Voir Marc Ortolani, Tende : 1699-1792 : destin d’une autonomie communale : aspects juridiques de la vie communautaire dans le comté de Nice au XVIIIème siècle, Breil-sur-Roya, Cabri, 1994, 535 p.

[2] Chrétien Desloges, Essais historiques sur le Mont-Saint-Bernard par Chrétien Desloges, … ; texte intégral avec les notes inédites de Jérôme Darbellay ; publ. par René Berthod, Suisse, Edition du Bimillénaire du Grand-Saint-Bernard, 1989, 238 p.

[3] Jean-Pierre Voutaz et Pierre Rouyer, Découvrir le Grand-Saint-Bernard : l’hospice, la spiritualité, la montagne, l’histoire, le musée, les chiens…, Martigny, Ed ; du Grand-Saint-Bernard, 2013, 199p.

[4] Charles Botton et Michel Braun, Le col de Tende : de la route du sel à la route de l’Europe, Breil-sur-Roya, Cabri, 1991, 259 p.

[5] Silvia Sandrone (dir.), Sur la route. L’histoire millénaire des voies de communication de la Roya, Milan, Silvana Editoriale, 2023, p.27-28.

[6] Pour un exemple : Sospel : Serge Coccoz et Jean-Louis Gallo, « Les hôpitaux de Sospel au fil des siècles », Ou Cahegne, n°16, 2016, 20 p.


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