Une entraide professionnelle originale symbolisée par un insigne: Société mutualiste Vichy-Côte d’Azur

Dès le XIXe siècle[1], le thermalisme à des fins curatives, mais aussi de villégiature  mondaine, pour une élite européenne se développe dans le Massif central, assez accessible des capitales et grandes villes françaises et européennes[2]. 

Un vaste réseau d’établissements thermaux luxueux et majestueux à l’inspiration souvent orientale[3] sont construits par des tenants du capitalisme encouragés par les municipalités auvergnates qui y voient une source d’enrichissements et un potentiel marché de l’emploi pour les populations locales et pouvoir ainsi, ralentir l’exode massif en direction de Paris dicté par la précarité originelle[4].

Pour l’Allier, on peut citer: Bourbon-l’Archambault, pour le Cantal: Chaudes-Aigues, pour le Puy-de-Dôme: La Bourboule, Châtel-Guyon, Royat-Chamalières, mais la «reine des villes d’eaux» est assurément Vichy dont «l’empereur» est Joseph Aletti (1864-1938), né en Suisse, de modestes parents italiens, maître d’hôtel puis maître de l’hôtellerie de luxe. Il dirigera les cinq palaces de Vichy; à Menton, l‘Orient-Palace et l‘hôtel Impérial; à Nice, l’hôtel Ruhl et des Anglais, le Négresco et le Majestic ; à Paris, le Claridge. Il construit le Palais de la Méditerranée, à Nice; le casino de Juan-les-Pins et, à Alger, l’hôtel Alettiune des plus belles réalisations françaises outre-Méditerranée[5].

J. Aletti  qui a toujours eu une gestion  précurseure de ses palaces, souhaite fidéliser son personnel spécialisé indispensable pour une clientèle de luxe aux exigences parfois fantasques, en particulier celui qui est essentiel à l’accueil dont la conciergerie et la cuisine. Le travail est par conséquent saisonnier: il faut faire deux saisons dans l’année, l’été à Vichy et l’hiver à Nice et à Menton. Il contribue à la création d’une société de secours mutuels pour la profession dont les membres solidaires en permanence, portent cet insigne de la société, sa devise est «Aidons nous» avec les armoiries vichyssoises et niçoises. En cas de maladie ou d’accidents professionnels, les frais sont pris en charge par la mutuelle dont J. Aletti est président d’honneur et certainement un bienfaiteur. Il faut noter que cette entraide se marquait aussi par des certificats de travail originaux: non pas par écrit mais photographiques sur lesquels figuraient l’ensemble des brigades de cuisine des palaces azuréens et vichyssois avec le nom de l’établissement et l’année[6] de travail. Les assurances sociales en 1928-1930 modifieront la prise en charge de ce personnel, en particulier pour les emplois subalternes moins considérés.

Olivier Vernier

Société mutualiste Vichy-Côte d’Azur, métal doré et émaillé, Nice, Pin, c.1910, collection privée

[1] Cf. Dominique Jarrassé, Les thermes romantiques: bains et villégiature en France de 1800 à 1850, Clermont-Ferrand, Université Blaise Pascal, 1992, 295 p.

[2] Voir Jean-Aubert, En Auvergne, les villes d’eaux autrefois, Lyon, Horvath, 1993, 144 p.; Pierre-Antoine Donnet, Villes d’eaux en Auvergne, Saint-Cyr-sur-Loire, Sutton, 2006, 128 p.

[3] Cf. Pour le Puy-de-Dôme: Richard Bucaille, Jeanne Virieux, Olivier Meunier et al., Thermalisme et architecture thermale en Puy-de-Dôme, XIXe-XXIe siècles, Clermont-Ferrand, Un, deux, quatre éd., 2013, 181 p.

[4] Roger Girard, Quand les Auvergnats partaient conquérir Paris, Paris, Fayard, 1979, 270 p.

[5] Voir Catherine Labaye, Joseph Aletti, le temps des palaces à Vichy, Paris, Ed., des écrivains, 2003, 199 p.

[6] Anecdote confiée par un historien des saisons, d’origine grassoise: Emile Litschgy (1920-2004), auteur de La vie des palaces. Hôtels de séjour d’autrefois, Grasse, Tac Motifs, 2001, 352 p.


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