
Une exposition en Corse

Comite d'Histoire de la Sécurité sociale PACA
Peu de passants au milieu de la Canebière font attention à cet encadrement de porche qui évoque la peine des hommes dans l’après-guerre due à la reconstruction d’une cité dévastée, en particulier le Vieux-Port. Le sculpteur dignois : Louis Botinelly (1883-1962), fils d’un tailleur de pierre et neveu d’un sculpteur, étudie aux Beaux-Arts de la ville où il est boursier puis à Paris. Il joue un rôle important dans la décoration publique et privée de cité phocéenne pendant l’entre-deux guerres et dans la période suivante.
La puissante Fédération des Bouches-du-Rhône des bâtiments et travaux annexes qui s’installe sur la Canebière, et y promeut notamment une protection sociale adaptée et une prévention des accidents du travail, commande à l’artiste des bas reliefs carrés. « Ils représentent des travailleurs du bâtiment en action. Toujours par deux, ils sont reconnaissables à leurs grosses chaussures, leurs chemises aux manches retroussées et leurs muscles saillants. Les duos d’ouvriers coulent le béton, sculptent les fresques, montent sur des escabeaux, tirent une brouette ou frappent le marteau sur l’enclume. »[1]
Olivier Vernier
[1] Suzie George, « Douze sculptures trônent sur le porche de la Cité des associations, située au numéro 93 de la Canebière, voilées par l’ombre des arbres », La Marseillaise, 7 août 2017.
Au XXe siècle, dans les périodes de guerre et de crise, les détresses sanitaires et sociales sont au premier plan. De nombreux agents des P.T.T. dont en particulier les facteurs et les receveurs, sont durant les deux conflits victimes de guerre lors des combats et le personnel féminin (les dames des Postes…) peuvent être des victimes civiles lors des bombardements. Les conflits génèrent des détresses familiales (orphelins, veuves, tuberculeux..). Aussi, entre 1918 et 1966, la puissante Fédération mutualiste des PTT, demande à l’autorité ministérielle de tutelle l’autorisation d’émettre des timbres de bienfaisance imprimés en taille douce avec le même soin que les timbres pour le courrier par l’imprimerie des timbres-poste de Paris. Ces vignettes étaient présentées dans les cadres d’exposition des timbres en cours dans les bureaux de poste et vendus aux guichets. Comme les timbres-poste, ces vignettes pouvaient être apposées au recto des lettres, leur bénéfice allait à la Fédération : ainsi en 1950, cette vignette d’un franc postée par un marin hospitalisé à l’hôpital maritime de Toulon appartenait à la série émise à compter de 1945 « A l’air pur ».
Olivier Vernier
Pour sourire quelque peu, après les temps difficiles que nous avons vécus ces derniers mois, toutes et tous, nous vous offrons cette carte postale humoristique de l’époque des Trente Glorieuses pendant lesquelles, le thermalisme de mondain devint social lorsque les cures thermales (déjà prises en charge sous certaines conditions, par les Assurance sociales) sont désormais remboursées par la Sécurité sociale à compter de 1947[1].
A la différence des grandes régions françaises de thermalisme[2], (Auvergne, Pyrénées, Alpes, Vosges..), notre région méridionale n’offre de nos jours aux curistes que 4 stations et établissements thermaux: Camoins-les-Bains (Bouches-du-Rhône, sur la commune de Marseille au pays de Pagnol, au pied du Garlaban), Berthemont-les-Bains (Alpes-Maritimes, dans la vallée de la Vésubie) et surtout : Gréoux-les-Bains et Digne-les-Bains (dans les Alpes de Haute-Provence) où des curistes facétieuses pouvaient envoyer ce type de carte à leurs correspondants..
Olivier Vernier
[1] Voir : Carole Carribon, Du thermalisme mondain au thermalisme social ? : les villes d’eaux françaises dans l’Entre-deux-guerres (1919-1939), thèse, Histoire, Bordeaux 3, 2001.
[2] Sur la question : André Authier et Pierre Duvernois, Patrimoine et traditions du thermalisme, Toulouse, Privat, 1997, 152 p.
A l’issue de la Seconde guerre mondiale, dans ces temps de reconstruction et de campagnes outre-mer, une mesure sociale , en raison de l’augmentation du coût de la vie quotidienne, est prise sous la Quatrième république, en faveur des militaires d’active et des appelés du contingent servant souvent bien loin de leur résidence. Ils bénéficient depuis 1946 de la franchise postale militaire : les courriers simples n’ont pas à être affranchis, l’administration militaire procurant des timbres de franchise sans valeur faciale à la symbolique interarmes d’abord verts puis rouges. La loi n°51-633 du 24 mai 1951 relative au budget de l’exercice 1951 portant sur le développement des crédits affectés aux dépenses militaires de fonctionnement et d’équipement constitue l’acte de naissance des bons colis FM officiels imprimés par l’Imprimerie nationale. Le décret d’application n° 52-288 du 5 mars 1952 relatif à la franchise militaire précise, que « ces bons colis sont destinés premièrement: à tous les militaires en campagne, quelle que soit leurs armées d’appartenance, à raison de 2 bons colis par mois. Deuxièmement : aux autres militaires, à solde spéciale, à raison de 1 bon colis par mois ». Chaque colis individuel et non collectif, envoyé par les familles ou les proches ne doit pas dépasser trois kilos. Les bons remplis préalablement par l’autorité militaire sont envoyés par les militaires à leurs correspondants; ils ont une durée de validité de trois mois à dater de la date de délivrance. Le bulletin est conservé par le bureau de poste expéditeur. La vignette est collée sur le colis. Très usités pour envoyer victuailles et vêtements pour les sorties et permissions, les bons pour paquet en franchise ont été supprimés le 1er juillet 1972, suite à une augmentation de la solde des militaires.
Avec cette franchise des colis, l’ordinaire de nombreux soldats et marins s’en trouva grandement amélioré, les différences sociales pouvaient s’estomper et la solidarité s’en trouvait renforcée…
Olivier Vernier
On sait la place que représente l’eau, « source de vie » sous nos arides cieux méditerranéens, il suffit de songer, pour l’époque contemporaine, aux belles œuvres littéraires que l’eau a pu inspirer : de Jean Giono : L’eau vive (1943) à Marcel Pagnol : L’eau des collines. Manon des sources (1963). L’accès à l’eau potable est vivrier et permet aussi de développer l’hygiénisme. Dans nos villes, peu de fontaines anciennes demeurent en raison souvent des réaménagements urbains, ce n’est pas le cas en Provence orientale à Antibes. Cette modeste fontaine de pierre calcaire -bien loin du monumental château d’eau du palais Longchamp, point d’arrivée des eaux de la Durance, édifié en 1869 pour approvisionner la ville de Marseille- érigée dans la vieille ville, rue James Close, en 1859 par un édile hygiéniste, précurseur, le docteur en médecine Jean-Baptiste Rostan (1795-1888)[1]. Ses longs mandats municipaux (de 1830 à 1865) permettent des initiatives sanitaires et sociales approuvées par le conseil municipal : la création d’une pompe (1830), la division de la ville en îlots pour faciliter l’enlèvement des ordures ménagères, le balayage des rues (1836), la création d’une caisse d’épargne (1842), la mise en place de secours aux indigents (1848), les mesures de propreté pour lutter contre le choléra (1848), la création d’une société de secours mutuels (1852), le curage du port (1853).
L’inscription latine « Parvus sed gratus » (Petit mais gratuit) résume l’intention philanthropique de la municipalité.
Olivier Vernier
[1] Archives communales Antibes : 42 S 49. Nous remercions de son aide toujours appréciée M. Alain Bottaro, conservateur des Archives.
La prévention des risques domestiques au temps des «Trente glorieuses »
Buvard de propagande, c. 1960, collection privée
Les « Trente glorieuses » désignent la période de forte croissance économique et d’amélioration des conditions de vie qu’ont connue la grande majorité des pays développés entre 1946 et 1975. Ce chrononyme rétrospectif a été forgé en 1979 par l’économiste français Jean Fourastié (1907-1990) de l’Institut, en rappel des « Trois Glorieuses », journées révolutionnaires de juillet 1830. Créé en 1947, l’INS (Institut national de sécurité) créé sous l’égide du CNAM est une association loi 1901. Il est géré par un conseil d’administration paritaire constitué de représentants des organisations des employeurs et des salariés. Organisme généraliste en santé et sécurité au travail, l’INS (qui deviendra en 1968 l’INRS, Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) intervient en lien avec les autres acteurs institutionnels de la prévention des risques professionnels mais aussi domestiques, comme le montre ce buvard largement distribué aux écoliers des Bouches-du-Rhône pour qu’ils le ramènent chez eux alors que la précarité des installations électriques demeure.
Olivier Vernier
Pour éradiquer les propagations épidémiques qui déciment les populations mais aussi, les cheptels, la Troisième République se lance à compter des années 1880, dans de difficiles campagnes de vaccination des populations rurales précaires et également du bétail indispensables à l’économie rurale[1]. Aussi, faut-il récompenser les médecins qui dans les campagnes, en particulier celles « en marge » du progrès, et difficiles d’accès comme les Basses-Alpes, un des départements les plus pauvres du pays, se dévouent pour ces opérations difficilement souvent acceptées par les populations de la Haute-Provence.
Aussi le gouvernement par l’intermédiaire du ministre du Commerce instaure–t-il une distinction officielle. Hubert Ponscarmes (1827-1903), médailleur de la Monnaie de Paris depuis le Second Empire grave cette sobre médaille: à l’avers, l’effigie classique de la République française ailée symbole du Commerce et au revers, les symboles de l’économie et un cartouche au milieu précisant le nom du récipiendaire ici installé sur les communes de Mézel et d’Estoublon dans le canton de Riez et l’arrondissement de Digne.
Les médailles font l’objet de propositions par l’Académie de médecine, et les nominations sont publiées dans le Journal Officiel de la République Française par le ministère compétent. Il existe alors 4 classes de récompense : la mention honorable, la médaille de bronze, la médaille d’argent, et la médaille de vermeil. Il faut signaler qu’à l’origine la médaille de 51 mm de diamètre ici en argent, était dite « de table » c’est-à-dire non portable et que dans ce cas précis, elle a du être transformée par le récipiendaire pour être accrochée peut –être- à la boutonnière mais plus vraisemblablement suspendue à un cadre sur son bureau où il recevait ses patients surtout s’il était « médecin des pauvres » du canton.
A la suite de l’épidémie cholérique de 1884, par décret du 31 mars 1885, sera instituée la médaille d‘honneur des épidémies et de nombreux praticiens de notre région en seront décorés.
Olivier Vernier
[1] Voir Jean-Noël Biraben, « La diffusion de la vaccination en France au XIXe siècle », Annales de la Bretagne et des pays de l’Ouest, 1979, pp. 265-276.
S’il est le père d’un homme illustre, Eugène Rostand n’est pas en reste. Avocat à Lyon puis à Marseille, sa passion reste la littérature, voire la poésie qu’il transmettra à son fils Edmond. Il publie plusieurs volumes de poésie ainsi qu’une adaptation du poète latin Catulle distinguée par le prix Janin décerné par l’Académie des sciences sociales et politiques. Mais sa grande affaire reste et restera la politique et les affaires. Adjoint au maire de Marseille en 1877, il devient administrateur de la Caisse d’Épargne des Bouches du Rhône en 1867, il avait 23 ans. Il en prendra la présidence en 1886, qu’il conservera jusqu’à sa mort. Il n’aura de cesse en tant qu’humaniste d’apporter à cette institution d’importantes innovations dont le prêt à la construction d’habitations à bon marché, une innovation parmi tant d’autres. Afin de récompenser sa présence au sein de cette institution une médaille de bronze frappée par le sculpteur et fondeur Charles Delanglade (1870-1952) lui a été remise à l’occasion de son jubilé (1886-1911) Sur le revers l’effigie d’Eugène Rostand en habit d’académicien à l’avers est représenté le Palais de la Caisse d’Épargne réalisé par l’architecte Albert Tournaire (1862-1958). On remarque sur la façade au dessus des trois baies des masques dus au sculpteur marseillais Constant Roux (1865-1942) premier Grand prix de Rome symbolisant le commerce, la marine et les travaux maritimes. Dans l’arrondi de la façade la prévoyance dans ses fonctions par le sculpteur Auguste Carli qui a laissé son nom a une place marseillaise.
« LA PRÉVOYANCE REÇOIT D’UNE MAIN LE DÉPÔT DES TRAVAILLEURS ET PROTÈGE DE L’AUTRE LA VIEILLESSE TRANQUILLE ».
Monique Sintès
]Les traces du passé : les serviteurs ruraux, les oubliés de la protection sociale. Hubert Ponscarme, médaille du concours régional agricole, Digne, 1883, bronze, collection privée
Département un des plus pauvres de France au XIXe siècle, les Basses-Alpes (devenues depuis 1970 Alpes-de-Haute-Provence), figurent au 83eme rang sur 87 départements quant à leur budget consacré à l’assistance[1]-. L’activité quasi exclusive est l’agriculture, aussi les concours régionaux agricoles publics récompensent annuellement au chef-lieu (Digne) les innovations en matière d’exploitation, les meilleures productions, les cheptels remarquables mais aussi les « travailleurs de la terre » méritants. A ce titre, sur recommandations de leurs maîtres et sur avis des autorités locales en fonction de leurs « qualités morales et physiques », les jurys distinguent ces « prolétaires de la terre » salariés au bas de l’échelle sociale : les valets et les servantes de ferme qui s’emploient souvent au gré de saisons d’exploitation en exploitation. Des médailles de bronze non nominales (rarement parvenues jusqu’à nous et conservées alors dans des conditions médiocres tels en témoignent traces de corrosion et chocs) leur sont décernées publiquement avec une modeste prime financière apportant un palliatif à leur condition sociale précaire. Il ne saurait question qu’ils se constituent une retraite. Aussi, jusqu’à la constitution légale en 1910 des Retraites ouvrières et paysannes, leurs vieux jours sont souvent laissés à la charité de leurs anciens employeurs qui leur permettent parfois de demeurer dans l’exploitation ou bien il sont admis « en qualité d’indigents » à l’hospice départemental.
Olivier Vernier
[1] Voir Anthony Kitts, « Une géographie départementale de la protection sociale : les dépenses d’assistance en France (1880-1914) », à paraître dans la Revue d’histoire de la protection sociale, 2019.